Celles qui nourrissent le monde

Année internationale des agricultrices


L’année 2026 a été proclamée l’Année internationale des agricultrices par les Nations Unies. Il s’agit d’une opportunité sans précédent de faire rayonner la contribution des femmes aux systèmes agroalimentaires et de sensibiliser aux enjeux et aux défis auxquels elles font face.
Appuyer les femmes dans leur quête d’une plus grande autonomie sociale et économique a toujours fait partie de l’ADN d’UPA DI. Les dernières données du rapport de la FAO - La situation des femmes dans les systèmes agroalimentaires renforcent cette conviction que les femmes représentent un puissant levier de transformation durable des systèmes agroalimentaires, de réduction de la pauvreté et de lutte contre la faim.
Des inégalités structurelles persistantes
- 24 % : l’écart de productivité entre les exploitations agricoles dirigées par des femmes et celles dirigées par des hommes.
- 82 % : le pourcentage du revenu des hommes que les femmes gagnent.
- Accès limité aux ressources clés : terre, financement, intrants, technologies… en raison de mœurs sociales discriminatoires et de la lourdeur des tâches reproductives non rémunérées.
Bien qu’à l’échelle mondiale les femmes représentent 36 % de la main-d’œuvre agricole (et beaucoup plus dans certaines régions comme l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne), elles occupent encore à ce jour des emplois plus précaires et moins rémunérés. Elles sont également les premières à subir les contrecoups des changements climatiques et des crises.
Ce constat est d’autant plus inquiétant lorsqu’on considère le recul des politiques féministes et des droits des femmes à travers le monde.
Malgré les obstacles, les agricultrices continuent de nourrir le monde avec détermination. En cette Année internationale des agricultrices, rappelons-nous qu’en investissant dans leur autonomie, nous investissons dans un avenir où la faim et la pauvreté n’auront plus leur place.

Véronique Guizier
Présidente des Agricultrices du Québec
L’année 2026, proclamée Année internationale des agricultrices par l’ONU, représente une belle opportunité. Cette déclaration nous a profondément touchées, elle marque un tournant dans l’histoire et elle constitue une première reconnaissance mondiale du rôle des femmes en agriculture.
Bien sûr, les réalités des agricultrices diffèrent d’un pays à l'autre. Pour plusieurs, notamment dans certains pays du Sud, l’agriculture est avant tout une question de survie. Elles font face à d’immenses défis, alors que l'accès à des services essentiels comme l'eau, l’énergie ou l’assainissement demeure limité.
Au Québec, nos enjeux peuvent sembler moins urgents en comparaison. Pourtant, ils n’en sont pas moins essentiels. Ils touchent la reconnaissance, l’équité et le bien-être des agricultrices qui contribuent chaque jour à la vitalité de notre agriculture.
L’Année internationale des agricultrices est certes une occasion de célébrer ces femmes inspirantes, passionnées et résilientes. Mais au-delà de la célébration, elle est surtout une invitation à SENSIBILISER à leur contribution fondamentale.
Les femmes jouent un rôle central dans les entreprises agricoles depuis les tout débuts de l'agriculture. Pourtant, une grande partie de leur travail demeure invisible. Les données issues de l’outil de calcul développé par les Agricultrices du Québec révèlent qu’une agricultrice consacre en moyenne 49 heures par semaine à du travail invisible, ce qui représente un revenu annuel de 48 412 $.
Ces chiffres mettent en lumière une réalité trop souvent ignorée, c'est-à-dire un travail essentiel au bon fonctionnement des fermes.
Il est temps de reconnaître ce travail pour ce qu'il est : un véritable pilier de notre agriculture.
Lors d’un panel organisé en mars par UPA DI, des agricultrices du Sénégal et du Bénin ont, elles aussi, témoigné de cette réalité. Malgré des contextes très différents, elles ont parlé du même phénomène, celui d'un travail indispensable, mais encore trop souvent invisible.
Finalement, nous constatons que des progrès ont été réalisés. Toutefois, la mission demeure essentielle pour assurer une juste reconnaissance des agricultrices du monde entier.
Cette reconnaissance est une responsabilité collective. Chaque acteur du secteur agricole a un rôle à jouer pour que le travail des femmes soit reconnu à sa juste valeur, aujourd'hui, demain et pour les années à venir.
Ensemble, nous sommes plus fortes et forts.
Que cette Année internationale soit le point de départ d'une reconnaissance durable du rôle essentiel des agricultrices.
Bonne Année internationale des agricultrices à toutes les agricultrices du monde!
Femmes et filles : les travailleuses de l’invisible


Notre politique d’engagement en égalité des genres
Pour UPA DI, l’égalité des genres n’est pas qu’une simple case à cocher; c’est une conviction cultivée depuis sa fondation en 1993.
Dès ses premières interventions au Burkina Faso et au Mali, UPA DI soutient des activités permettant de valoriser le rôle des agricultrices, notamment dans les filières du bissap et de l’échalote. La dimension genre fait d’ailleurs partie intégrante de l’approche de formation Les Savoirs des gens de la terre, développée à cette époque, et des mesures sont mises en place pour assurer la participation des femmes aux activités.
Il faut toutefois attendre à 2007 pour que l’organisation se dote officiellement d’un énoncé de politique en faveur de l’égalité femmes-hommes. En 2017, cet engagement est formalisé à travers l’adoption d’une politique institutionnelle en égalité femmes-hommes.
Peu après, en 2019, l’égalité des genres est devenue un axe stratégique du plan de développement d’UPA DI. C’est ce plan qui a propulsé, pendant cinq ans, des projets internationaux renforçant l’autonomie des femmes œuvrant dans les systèmes agroalimentaires.
En 2025, UPA DI a franchi une nouvelle étape clé : la mise à jour complète de sa politique en égalité des genres. Fruit d'un processus consultatif, cette version plus directe et percutante porte une vision audacieuse et elle vise des rapports de genres plus égalitaires dans les systèmes agroalimentaires grâce à l'action collective portée par les organisations professionnelles agricoles.
La nouvelle politique repose sur 12 engagements concrets qui touchent toutes les facettes de l’organisation, allant des programmes aux partenariats, en passant par le renforcement institutionnel.
À travers cette politique d’engagement, UPA DI réaffirme sa volonté de bâtir une agriculture familiale durable qui reconnaît, valorise et appuie la place cruciale des femmes.

Notre approche en entrepreneuriat féminin
Au cours de la dernière année, UPA DI a franchi une étape importante en modélisant son approche en entrepreneuriat agricole féminin. Son objectif : aider les agricultrices à surmonter les obstacles qui limitent leur autonomie sociale et économique.
Au cœur de cette approche se trouve Les Savoirs des gens de la terre, une démarche andragogique développée par UPA DI qui valorise les connaissances et l'expérience des participantes. Grâce à un parcours entrepreneurial complet, les femmes ont accès à des formations adaptées à leurs réalités, à un accompagnement personnalisé et à différents mécanismes de financement.
Cette démarche s'appuie sur l'expertise du réseau de l'Union des producteurs agricoles et des Agricultrices du Québec, afin de créer un pont entre l'expertise agricole québécoise et les réalités internationales.
Pour assurer des retombées durables, UPA DI agit sur deux leviers complémentaires. D'une part, le renforcement des organisations professionnelles agricoles afin qu'elles adoptent une gouvernance plus inclusive et des services mieux adaptés aux besoins des agricultrices.
D'autre part, elle contribue à créer un environnement favorable à leur autonomie en agissant sur les principaux obstacles à leur participation, notamment l'accès aux ressources, le pouvoir de décision, les normes sociales discriminatoires et la lourde charge des tâches domestiques et agricoles.
Ensemble, ces deux leviers permettent aux femmes de développer pleinement leur potentiel.